L'agriculture de conservation à travers le monde
Pour finir, revenons à l'histoire de l'agriculture de conservation à travers le monde. Cette nouvelle façon de produire montre à la fois de forts atouts mais aussi des limites. Son adoption progresse toujours dans les plaines des pays tempérés, méditerranéens et tropicales et pour les grandes exploitations bien dotées en équipements motorisés. Elle répond bien aux besoins de réduction des coûts en énergie, d'activation biologique des sols et de limitation du ruissellement et de l'érosion. Mais toutefois une inconnue demeure quant à l'impact à long terme de l'utilisation de pesticides sur l'environnement et la santé des organismes vivants dont celles des humains. Ces pesticides sont souvent indispensables pour ces systèmes de cultures en semis direct et avec couvert végétal (herbicides, produits de traitement des semences systémiques). Des agronomes s'attellent déjà à concevoir des SCV avec moins d'herbicides et même adaptés au cahier des charge de l'agriculture biologique. En Agriculture familiales lorsque la motorisation n'est guère envisageable, l'adoption de l'AC est lente et souvent temporaire (« le temps du projet »). Des clubs d'agriculteurs des grandes exploitations se sont constitués dans plusieurs pays émergents (Brésil, Argentine) et du Nord (France) et ont été les acteurs principaux de la conception et de la diffusion. Mais dans les pays du Sud l'AC est restée l'affaire des chercheurs et des agronomes des projets. L'innovation doit-elle s'adapter au contexte d'application avec le danger de la dénaturer donc de perdre en performance ? Ou au contraire, les agriculteurs et leurs contextes (les filières, les politiques publiques) doivent ils s'adapter pour faciliter l'adoption de l'innovation ?